L’ÉDITO DE NOVEMBRE

67

Que de temps perdu à gagner du temps (Paul Morand)

Après l’acceptation d’une énième trêve boiteuse avec le Hamas, le Gouvernement semble avoir plié une fois encore face aux terroristes. La 13 novembre dernier, nous étions nombreux dans le Sud à exprimer un sentiment de colère après l’annonce d’un cessez le feu négocié avec des ennemis qui ne vivent que pour notre destruction.

Quatre années se sont écoulées depuis l’opération Tsouk Etan et rien n’a changé. Un calme  précaire est maintenu, une sorte de filet est posé sur une poudrière qui peut exploser à tout instant. Nous acheminons chaque jour des dizaines de camions chargés de marchandises à Gaza, pendant que les dirigeants terroristes dépensent les millions de dollars reçus des aides internationales à acheter des armes , à construire des tunnels et à trouver toutes sortes de moyens pervers pour attaquer Israël.

Face à cette situation, nous avons développé ces dernières années le culte de la retenue et des actions ciblées. Nous n’agissons qu’au coup par coup pour détruire certaines caches ou lieux dits stratégiques du Hamas bien qu’il soit très clair que nos forces spéciales sachent pertinemment où trouver les chefs terroristes. Mais leur élimination ne fait pas partie du programme car nous nous abstenons de faire des vagues.

Chacun est capable de comprendre que nous sommes au cœur d’une guerre de communication, que nous avons d’ailleurs perdue depuis bien longtemps. Gaza est une zone où convergent toutes sortes d’ONG et d’organes de presse qui y voient une mine inépuisable de dossiers et de reportages à  charge contre Israël. Les journalistes occidentaux ont très souvent peu de connaissances sur le conflit et parlent sans complexe de « Gaza occupée » (à part par la population arabe, Gaza n’est occupée par personne)  en présentant les habitants comme des victimes des « oppresseurs israéliens ».  Le cliché de la bataille du pot de terre contre le pot de fer est constamment mis en avant et la vérité soigneusement occultée. Personne n’osera dire par exemple que le Hamas fait souffrir sa population et dilapide la manne financière internationale en se servant grassement au passage.

Mais à force de tempérer et de négocier avec nos ennemis, notre gouvernement ne va-t-il pas finir par perdre aussi la guerre sur le terrain ? Ces dernières années notre Cabinet de Sécurité semble juste désireux de gagner du temps et d’éviter l’affrontement en acceptant des conditions dictées par le Hamas, comme ce versement de millions de dollars en provenance du Qatar. Le Hamas avait pris soin de médiatiser une sorte de chantage « si nous n’avons pas 15 millions de dollars, nous passons à l’action ». Bien qu’ils aient obtenu satisfaction, les terroristes ont profité d’une mission israélienne qui a mal tourné pour nous envoyer un message clair, soit 460 roquettes en 24 heures !

Cela fait des mois que le Hamas joue avec le feu en expédiant des ballons incendiaires et en mobilisant des troupes à la frontière. Cela fait des mois que la population du Sud souffre des incendies, des tentatives d’infiltrations et des salves de roquettes. Cela fait des mois que nos braves jeunes soldats sont en première ligne et mis à l’épreuve chaque jour. Face à cette situation, notre gouvernement fait preuve d’une retenue que nous avons souvent bien du mal à comprendre. D’ailleurs, le 13 novembre, alors même que les tirs de roquettes étaient incessants depuis plus de 24 heures, que les écoles du Sud étaient fermées pour protéger nos enfants,  Israël continuait quand même à transférer des camions d’approvisionnement à Gaza. Le monde à l’envers !

Alors certes, nous n’avons pas la totalité de l’image pour nous permettre de juger ce qui est fait ou pas par notre gouvernement.  Nous ne pouvons qu’évaluer la situation d’après ce que nous observons de l’autre côté de cette barrière qui nous sépare de l’arène du pouvoir. Quant à Avigdor Lieberman qui a  donné sa démission au prétexte notamment qu’il « ne pourrait plus regarder les habitants du Sud dans les yeux », il me semble que les habitants du Sud ne l’ont pas vu souvent sur le terrain ces derniers mois, et que celui qui faisait beaucoup de bruit et de promesses avant sa nomination, n’a pas vraiment brillé dans la fonction de ministre de la Défense. Il est vraissemblablement plus à l’aise dans la stratégie politique que dans la stratégie militaire.

Une chose est sûre, rien n’est entre nos mains, mais nous savons tous qu’une nouvelle confrontation avec les terroristes de Gaza sera inévitable. Le filet sur la poudrière finira par se désintégrer, et il faut juste espérer que les fronts Nord et Sud ne se déclencheront pas au même moment, comme le souhaitent l’Iran et le Hezbollah qui nous observent depuis les frontières syrienne et libanaise. Quant au plan de paix du siècle que présentera prochainement Donald Trump, je doute vraiment qu’il soit le remède miracle pour transformer la poudrière en cité balnéaire !

Que D.ieu protège Am Israël.

Hanouka Samea’h